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Un site de dépôt à neige de Longueuil empoisonne un ruisseau

Un site de dépôt à neige de Longueuil empoisonne un ruisseau
Juliette Poireau
le 15 avril à 15:30

Après la destruction, par un promoteur, d’un habitat de la rainette faux-grillon à Longueuil en décembre dernier, cet amphibien et d’autres espèces vivant dans un ruisseau du Boisé-Du Tremblay sont cette fois en danger à cause d’un site de dépôt à neige de la Ville de Longueuil qui pollue ce refuge faunique.

C’est en allant procédé à l’inventaire annuel de la rainette faux-grillon dans le ruisseau Massé du Boisé-Du Tremblay que le photographe animalier et ambassadeur de la rainette faux-grillon, Patrick R. Bourgeois a été témoin de cette catastrophe écologique.

« On est allé dans le secteur des sites aux abords de la rue Montgolfier, c’est là qu’on s’est rendu compte que le ruisseau Massé était complètement contaminé par une eau blanchâtre », raconte Patrick R. Bourgeois.

Habituellement, le ruisseau semblait épargné par cette contamination en raison de la lenteur de la fonte de la neige qui permettait à l’eau d’être mieux filtrée. Toutefois, avec la chaleur hâtive du printemps, la neige fond plus vite et entraîne des torrents d’eau contaminée.

« C’est dramatique. Quand j’ai commencé à m’intéresser à la rainette faux-grillon, on avait dix populations dans la grande région de Montréal qui survivaient, alors qu’aujourd’hui il nous en reste sept, puis on est en train de perdre celle du Boisé-Du Tremblay, donc il va nous en rester six », se consterne le M. Bourgeois.

Sur place, les rainettes faux-grillon ne chantent plus et plusieurs autres espèces sont à jamais disparues. 

« Ça fait au moins quatre ans que la Ville de Longueuil sait que ses dépôts à neige sont des bombes à pollution. Que Longueuil sait que son dépôt Du Tremblay garroche du sel en quantité astronomique dans les habitats de rainettes faux-grillon. Or, une rainette faux-grillon ne supporte pas même de l’eau saumâtre », s’insurge Patrick R. Bourgeois sur Facebook. 

Pour protéger la rainette faux-grillon et les autres habitants du ruisseau, M. Bourgeois pense qu’il est « impératif » de fermer, au moins, le dépôt à neige de Longueuil qui s’écoule dans le refuge faunique du Boisé-Du Tremblay, en plus de faire une analyse sérieuse de tous les dépôts à neige du Québec. Pour lui, deux seules solutions sont envisageables pour freiner cette catastrophe écologique : « Mieux filtrer l’eau contaminée ou déplacer le site de dépôt à neige. »

La Fondation Rivières va dans la même direction en demandant au ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques de revoir les autorisations émises qui font en sorte que des dépôts à neige laissent s’écouler des panaches de pollution dans les cours d’eau.

Selon la Fondation Rivières, de simples bassins de décantation ne permettent pas d’enlever tout le sable et le sel des dépôts de neige, d’autant plus que d’autres contaminants qui se retrouvent dans les neiges souillées, dont des chlorures, des métaux, des huiles, des graisses, des microplastiques, etc. s’échappent aussi dans les cours d’eau.

Ainsi, Patrick R. Bourgeois et la Fondation Rivières réclament la révision des normes gouvernementales pour qu’elles tiennent compte de la fragilité de certains milieux. Actuellement, les normes sont les mêmes, peu importe le milieu.

Plus précisément, on demande l’amélioration du traitement des eaux polluées qui sortent des dépôts de neige, au même titre que le traitement des eaux usées, la révision des critères de conception des sites et l’application de tests de toxicité en raison d’une forte mortalité de poisson.

« Il est plus que temps de revoir la gestion de ces dépôts. J’ai filmé ce que le commun des citoyens n’aurait jamais vu, en plus des cours industrielles et des déchets jusqu’en rive, sans qu’aucune limite de protection ne soit respectée. Un saccage environnemental dans ce qui devrait être un paradis faunique, se désole M. Bourgeois. Il faudrait au moins filtrer le plastique, c’est le minimum. »

L’ambassadeur de la rainette faux-grillon a déposé une plainte au ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, ainsi qu’à Environnement Canada. « Nous sommes en attente de voir les gestes qui seront posés pour arrêter cette catastrophe », explique-t-il.

Après le dévoilement de cette catastrophe environnementale, la Ville de Boucherville est allée installer des panneaux d’affichage supplémentaires indiquant que le Boisé-Du Tremblay est « une réserve naturelle reconnue ».


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