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L’accompagnement des hommes violents pour diminuer la violence faite aux femmes

L’accompagnement des hommes violents pour diminuer la violence faite aux femmes
Juliette Poireau
le 09 mars à 15:00

La directrice générale de l’organisme Entraide pour hommes, Geneviève Landry, souhaite rappeler l’importance des interventions auprès des hommes violents dans la lutte à la violence faite aux femmes.

« Les interventions auprès des hommes violents vont permettre d’éviter les récidives, explique-t-elle. On intervient également aux côtés de sa famille immédiate. On fait inévitablement partie de la solution. »

La majorité des hommes qui ont recours aux services de l’organisme son âgé de moins de 40 ans, et les hommes aujourd’hui violents proviennent d’une famille avec négligence, violence ou abandon.

Près de la moitié des individus qui se présentent à l’Entraide pour hommes viennent à la suite de référence judiciaire, tandis que l’autre proportion est référée par un membre de son entourage. En d’autres termes, la plupart des hommes qui suivent le programme d’accompagnement commencent par une motivation externe.

« L’objectif est de travailler à créer une motivation interne chez l’homme, parce que pour que ça fonctionne, il faut qu’il se sente impliquer afin de déterminer ses propres objectifs qui l’amèneront vers le changement, explique Geneviève Landry. Le but, c’est vraiment de responsabiliser ses actes, de comprendre pourquoi on a posé ces gestes. »

Évaluation et cheminement

Au premier abord, l’intervention commence par deux à trois rencontres individuelles pour évaluer l’individu. « On accueille l’homme dans le but d’installer un climat de confiance pour qu’il s’ouvre sur ses secrets, son histoire, son passé, etc., raconte la directrice. Ensuite, on procède à l’évaluation du type de violence, de la sévérité des gestes, et du risque d’homicide. »

Les homicides conjugaux arrivent à 75 % en raison d’une rupture amoureuse. C’est donc un élément à identifier dès les premières rencontres, en plus de l’impulsivité et des antécédents violents.

« Le harcèlement, le contrôle et la surveillance sont des lumières rouges qui nous permettent d’insister davantage sur le ressenti de l’homme pour prévenir un geste d’homicide, ajoute-t-elle. Si la possibilité d’un homicide est détectée, on installe un filet de sécurité et on met en place des moyens d’arrêt d’agir. » Les facteurs de risque et les précipitants seront eux aussi évalués pour anticiper une réaction.

Pour poursuivre leur cheminement, les hommes sont ensuite admis dans un groupe d’intervention avec d’autres hommes violents.

Sans pouvoir calculer le taux de réussite des individus après leur cheminement, 85 % des hommes qui ont recours aux services d’Entraide pour hommes terminent leur programme. Pour Geneviève Landry, c’est déjà une victoire : « On sait qu’ils sont mieux outillés pour faire face à leur colère, et ils ont appris à voir les signaux qui déclenchent des épisodes de violence. En plus, ils peuvent revenir quand ils le souhaitent à l’organisme. »

Impact de la pandémie

La pandémie de COVID-19 a exacerbé plusieurs problématiques sociétales, dont la violence faite aux femmes. Geneviève Landry constate une hausse des demandes d’aide pour les hommes violents. Habituellement, l’organisme accompagne 1 100 individus par année. Actuellement, 112 hommes sont sur la liste d’attente pour avoir accès aux services d’Entraide pour hommes.

« La pandémie a accentué la souffrance, ce qui fait augmenter la violence, soutient Geneviève Landry. Le confinement rend plus facile d’installer un climat de terreur et de contrôle. »

Éducation et financement

Pour Geneviève Landry, tous les professionnels devraient être formés pour détecter la violence. De plus, elle pense que la population doit être mieux outillée pour remarquer la violence, notamment grâce à une meilleure éducation.

« On a tendance à croire qu’il s’agit seulement de violence physique, alors qu’il existe plusieurs types de violence, souligne-t-elle. Certaines femmes pensent encore que la jalousie est une preuve d’amour, alors que c’est de la violence. »

La directrice souhaite que des programmes soient offerts aux adolescents pour éduquer la violence, mais aussi pour prévenir en amont les risques de violence dans l’avenir.

Les besoins en financement sont également criants. « Je suis inquiète pour les hommes qui sont sur les listes d’attente pour recevoir de l’aide, et je suis inquiète pour ceux qui ne connaissent pas les services, se désole Geneviève Landry. Il faut valoriser la demande d’aide des hommes, mais aussi promouvoir les ressources disponibles pour eux. »

« Sans financement, ces solutions ne peuvent pas voir le jour », conclut-elle.  


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