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L’eau du Boisé-Du Tremblay contaminée : des tests de toxicité contrastés

L’eau du Boisé-Du Tremblay contaminée : des tests de toxicité contrastés
Site de dépôt à neige du Boisé-Du Tremblay de la Ville de Longueuil / Image : Patrick R. Bourgeois
Juliette Poireau
le 19 avril à 10:45

À la suite de la découverte d’une eau contaminée par le dépôt à neige du Boisé-Du Tremblay et des risques pour la faune du secteur dénoncés par la Fondation Rivières, la Ville de Longueuil a procédé à ses propres tests de toxicité.

Alors que la Fondation Rivières et l’ambassadeur de la rainette faux-grillon, Patrick R. Bourgeois, affirment avoir remarqué des poissons morts dans le ruisseau et n’avoir entendu aucune rainette faux-grillon normalement très active à cette période de l’année, la Ville de Longueuil mentionne « ne pas avoir observé de faune morte, comme il est allégué ».

Une parole contre une autre.

« Alors où sont les rainettes? Se questionne Patrick R. Bourgeois. C’est sûr qu’il est arrivé quelque chose, chaque année ça chante à tue-tête dans le Boisé-Du Tremblay, et ce printemps, silence complet. À mon avis, le coupable le plus probable reste le dépôt à neige. Mais si la Ville a une autre explication, je suis tout ouïe. »

Les deux parties ont toutes deux procédé à des analyses de l’eau blanchâtre s’écoulant du dépôt à neige, mais de manières différentes.

À la Ville de Longueuil, on présente un tableau avec des échantillons datant du 9, du 12, du 13 et du 14 avril portant sur le taux de matières en suspension, le taux de chlorure et le taux d’huile et de graisse.

En date du 9 avril, jour où la catastrophe fût dévoilée au grand jour, les résultats démontrent 45 mg/L de matières en suspension, soit 15 mg/L de plus que la norme environnementale. Le taux de chlorure et le taux d’huile et de graisse ne sont toutefois pas identifiés en cette première journée. Les jours suivants, on compte 760 mg/L de chlorures, et moins de 5 mg/L d’huile et de graisse. Des données qui diminuent de jour en jour, notamment en raison des jours de pluies intenses qui ont dilué l'eau du marais. 

Patrick R. Bourgeois soutient également que « la Ville de Longueuil a arrêté l'écoulement du dépôt à neige » à la suite de la dénonciation de la situation par ce dernier. Néanmoins, la Ville de Longueuil affirme « n'avoir jamais stoppé l’écoulement de l’eau de fonte du dépôt à neige situé sur le chemin du Tremblay ».

En outre, le taux de sédiment au-dessus de la norme est expliqué par la Ville en raison des températures élevées de ce mois d'avril qui auraient accéléré la fonte de la neige.

Pour sa part, Patrick R. Bourgeois a effectué ses propres analyses en compagnie du biologiste Philippe Sauvageau de la Fondation Rivières et d'autres spécialistes en tests de toxicité des eaux. Les résultats sont très différents, car 1 650 mg/L de particules en suspension ont été analysées à la sortie du dépôt à neige la première journée, incluant le chlorure et les huiles.

Même si la norme environnementale de chlorure dans l’eau est de 1 750 mg/L, un taux aussi élevé permet la survie d’un affluant, mais pas la survie des animaux. « À partir de 860 mg/L de chlorures, tu peux tuer la vie de tous les habitants du cours d’eau. Sauf que les amphibiens sont plus fragiles que les autres espèces aquatiques, s’insurge Patrick R. Bourgeois. Surtout que le taux de sédiment trop élevé de la première journée a fait chuter l’oxygène du ruisseau, ce qui a très bien pu décimer une colonie entière de rainettes faux-grillon. »

Ainsi, le taux de chlorure et le taux de sédiment de la première journée identifiés par la Ville de Longueuil ont été très dangereux pour les rainettes. De plus, Patrick R. Bourgeois explique que la Ville ne considère pas que le chlorure mélangé à d’autres substances nocives augmente le taux de létalité de l’eau.

« Le chlorure et les autres particules tuent les rainettes, alors le taux de 760 mg/L a certainement tué plusieurs espèces, pense Patrick R. Bourgeois. Même si le cours d’eau se rétablit depuis la fermeture du robinet, le ruisseau Massé a subi les conséquences de cette contamination en affichant des données de 500 mg/L de particules en suspension. »

En effet, les cours d’eau les plus sains du Boisé-Du Tremblay affichent un taux entre 80 et 100 mg/L de particules nocives, contrairement à 1 650 mg/L dans le torrent du dépôt à neige.

Par souci de transparence, Patrick R. Bourgeois demande à la Ville de Longueuil de rendre publiques ses lectures d’analyse, qui, selon lui, « manquent de cohérences ».

Finalement, la Ville de Longueuil rappelle qu’elle détient le certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MELCC) pour exploiter le dépôt à neige du chemin du Tremblay et satisfait tous les critères.

Plusieurs mesures ont été prises depuis 2016 pour réduire les impacts des dépôts à neige sur l’environnement à Longueuil, soit de diminuer l’utilisation des sels d’épandage lors des opérations de déneigement et de souffler la neige sur les terrains plutôt que de la transporter dans les dépôts.

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