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Par , 25 juillet 2011
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Réaliser une entrevue avec Monica Bonfanti, cheffe de police du canton et de la ville de Genève est une expérience unique. Je l’ai rencontré dans son vaste bureau de l’Hôtel de la Police à Genève. En présence de cette jolie jeune femme, grande et blonde, on tombe facilement sous son charme. Elle avait 36 ans quand elle a été promue à cette prestigieuse fonction, le jour de son anniversaire, le 1er août 2006. Elle était alors cheffe criminaliste de la police genevoise depuis l’an 2000. Mme Bonfanti possède entre autres, un doctorat
en sciences forensiques de l’Institut de Police Scientifique et de Criminologie de l’Université de Lausanne, au sein duquel elle a ensuite occupé le poste de professeure. Dans son parcours académique, Mme Bonfanti, qui maîtrise cinq langues, a notamment oeuvré auprès du Ministère de la Justice des Pays-Bas et de la police de Moscou, en qualité de collaboratrice scientifique.
Elle a également exercé la fonction d’experte auprès des tribunaux suisses, français et italiens, plus particulièrement dans le domaine des armes à feu, et dispensé un enseignement aux magistrats et officiers de police et des douanes suisses. Monica Bonfanti est une spécialiste reconnue en sciences forensiques, notamment dans le domaine des armes à feu et de la balistique, auquel elle a consacré sa thèse de doctorat. Elle est l’auteure également de nombreuses publications, individuelles et collectives, ainsi que de conférences lors de congrès nationaux ou internationaux. Monica Bonfanti a représenté la police genevoise dans diverses commissions, nationales et internationales, notamment en matière d’armes à feu et d’ADN. Alors, ça vous donne une idée du personnage
Doctrine d’engagement
Précisons d’abord, que la police cantonale est armée, mais pas la police municipale. Chaque année, les policiers doivent passer des examens sur l’usage et le maniement des armes à feu et le pistolet est retiré à celui qui échoue «C’est un standard de qualité que j’ai introduit dans la formation de base, sans oublier une formation continue du policier armé», explique la cheffe Bonfanti. Le travail des policiers de Genève, comme dans toute la Suisse d’ailleurs, repose sur ce qu’elle définit comme étant la théorie des trois “D”, c’est-à-dire dialogue, dissuasion et défense.
«Cela n’exclue pas l’application des trois axes d’une police qui sont prévention, dissuasion et répression. Mais la répression n’est utilisée que dans les cas extrêmes, dans des situations exceptionnelles. «Avant d’arriver à la répression, il faut utiliser tous les moyens stratégiques, techniques et psychologiques. Telle est notre doctrine d’engagement», clame Mme Bonfanti, avec beacoup de fierté. «Par exemple, dans les manifestations des fêtes du foot, on doit composer avec les holligans. C’est là, que notre doctrine d’engagement prend tout son sens. Ce n’est pas le policier qui doit créer le problème. Si les manifestants se retrouvent devant des policiers habillés en “robot cop” (comme chez-nous lors de manifestations après certains matches de hockey…), avec une attitude manaçante et agressive, c’est la police qui crée le problème alors qu’elle doit être constamment à la recherche de solutions.
Nous, on fait attention comment on s’habille parce que, suivant l’habit que vous portez, cela montre l’intention de la police. Oui, on est capable de répression mais ce n’est pas la solution. Cela dit, je ne mettrai jamais la sécurité de mes policiers en danger. Dans le cas d’émeutes, ils sont très bien protégés, comme dans l’attaque à l’explosif d’octobre dernier dans un grand magasin frontalier, où nos policiers se sont fait tirer dessus. Alors, on sort les “robots cop” et ils sont parfaitement équipés. Mais encore là, nos policiers appliquent ce que j’appelle l’escalade des moyens d’intervention et utilisent le pistolet et autres armes qu’en légitime défense. Après une sérieuse appréciation de la situation, ils dégainent et tirent. Mais ce sont des cas extrême», raconte la cheffe Bonfanti.
Au Québec, répression d’abord!
Comme on peut le constater, le discours, l’attitude et la méthode policière suisse se situent aux antipodes de notre police québécoise qui a la gachette facile. «Notre boulot, à la police, c’est la répression. On n’a pas besoin d’un agent sociocommunautaire comme directeur, mais d’un général. Après tout, la police est un organisme paramilitaire, ne l’oublions pas», affirmait, il n’y a pas si longtemps, sans gêne, dans la totale indifférence des autorités policières et juridiques du Québec, et avec beaucoup de complaisance de nos médias locaux, le président de la Fraternité des policières et policiers de la Ville de Montréal, Yves Francoeur.
Quand j’ai mentionné cette déclaration à Mme Bonfanti, elle a failli s’étouffer. «Faut surtout pas confondre polices et militaires» s’indigne Mme Bonfanti. «La police est au service du citoyen. Et on travaille en partenariat avec d’autres institutions gouvernementales. Ainsi, Il n’est pas rare, par exemple, que des gens passent aux postes pour dire bonjour à nos policiers ou faire remplir un rapport d’impôt. La demande sociale augmente et à cet égard, nous prévoyons augmenter nos effectifs de 350 membres au cours des quatre prochaines années. De plus, faut aussi préciser que nous sommes responsables de la sécurité de 38,000 personnes liées directement au monde diplomatique dans le canton de Genève», fait valoir Monica Bonfanti. Le service de police du Canton de Genève est actuellement composé de 1,700 personnes, dont 1,300 policiers, et le nombre sera ainsi porté à 1,650 au cours des quatre prochaines années. Le budget de la police cantonale de Genève qui compte 1,300 policiers, pour une population de 453,000 habitants, est de 400, 384,300 francs suisses, soit environ 450 millions de dollars canadiens!
De quoi faire mourir d‘envie nos corps policers. En comparaison, le budget de la police de l‘agglomération de Longueuil, qui compte sur environ 500 policiers, pour une population de 403,000 habitants, est de 87 millions de dollars! Mais il faut préciser que les budgets publics de la Suisse n’ont rien de comparables avec les nôtres. Par exemple, le budget équilibré de 2011 de la ville de Genève, 190,000 habitants, est de 1,1 milliards de francs suisses, soit environ 1,3 milliards de dollars canadiens… tandis que la ville de Longueuil, avec ses quelques 235,000 habitants, compte sur un budget de 328 millions de dollars! «Notre police est au service de la population, elle veille à sa sécurité, tout en faisant respecter les lois qui la protègent. Nos policiers n’aiment pas tirer», de conclure Monica Bonfanti. Bref, ce ne serait peût-être pas une mauvaise idée de l’inviter chez-nous pour nous entretenir sur les méthodes avant-gardistes et efficaces.
Oui, en Suisse, la police est très différente!
Les photos nous montrent Monica Bonfanti, au travail et devant un magnifique tableau de Genève, dans son bureau de l’Hôtel de la Police.
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