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Par , 28 novembre 2011
| Blogue, Les billets de Gilles.
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Depuis plusieurs semaines, le débat linguistique prend beaucoup de place dans les chaumières québécoises. On reproche à l’Office Québécois de la langue française (OQLF) de ne pas faire son travail, de prendre des mesures frileuses quand vient le moment de faire appliquer la loi 101 sur l’affichage. À un point tel, que la ministre Christine St-Pierre a demandé à l’OQLF d’intervenir plus rigoureusement. Or, voici ce que j’ai trouvé la semaine dernière chez un vendeur de produits RCA de la Rive-Sud. À l’achat d’un téléviseur, sur la page couverture exclusivement en anglais de son manuel d’utilisation à l’usage des francophones québécois, la Société RCA écrit “Read carefully before operation”. À l’intérieur du manuel, il y a une section française qui m’a permis de “Read carefully”. J’ai vite découvert que ça n’avait rien à voir avec notre langue et que RCA traite les francophones québécois comme de véritables indigènes. Et le mot n’est pas trop fort.
Quelques horreurs
En voici des exemples. Ainsi, sous la rubrique installation du cordon d’alimentation, on vous dit que “si les joints ne sont pas propres, faisiez le ménage avec le tissu, ou encore, faisiez un cordon proprié”. Et plus loin, on vous met en garde: “Surtout, ne pas couvrir le cordon avec la nappe, il peut vous conduire à mettre des objets lourds sur le cordon du à l’ignorance”. On apprend aussi dans ce super manuel d’instruction, “qu’il faut garer l’appareil télé loin de l’humidité et de la poussière parce qu’il pourrait provoquer un incendie en raison de noir de fumée ou de gaz érosif. L’humidité peut aussi causez le noir de fumée”. Autre mise en garde de RCA aux indigènes. “Ne pas installer l’appareil télé dans les lieux où l’homme marche fréquemment ou lieux où sont grandement tremblants. Et utiliser le cordon avec la fiche et la connexion protectrice à la terre”. Sur le fonctionnement de base, RCA indique que vous n’avez pas “à vous rappeler à désaciver avant d’allumer”.
La meilleure
Un conseil pratique nous est aussi donné dans ce merveilleux manuel d’instruction pour préserver nos yeux. “Relaxez-vous vos yeux de temps en temps en prenant des repos”… Et je pourrais tirer des exemples sur chacune des 44 pages de la version dite française, du manuel d’utilisation RCA. Et on parle pas du dépanneur du coin ici. Plus méprisant que ça pour les francophones québécois, tu meurs.
Propriétée française
Étonnant ce mépris et ce manque de respect du français de chez-nous puisque RCA Corporation, fondée en tant que la Radio Corporation of America, a été une société américaine de 1919 à 1986. La marque RCA est actuellement détenue par le conglomérat français Thomson SA par le biais de la marques RCA Management SA, une société détenue par Technicolor. La marque est utilisée par Sony Music Entertainment et Technicolor, qui autorise le nom d’autres entreprises comme Audiovox et TCL Corporation pour les produits émanant de cette ancêtre commun. Pour ce qui est des manuels d’utilisation de RCA distribués en France ou en Europe, le français est correct. Pas pour les zoulous francophones du Québec!
Une Société bâtie pour l’Homme
Dans un autre ordre d’idée et dans la mesure où le modèle de la société québécoise est souvent remise en question, je vous propose ce texte intitulé, “Une société bâtie pour l’homme”.
«Il y a certainement lieu de faire un procès de la société. Il faut que ce soit un procès où chacune des parties sera juge et le procès, général. Nous sommes convaincus, nous aussi, qu’il y a lieu à un procès mais il devra être juste. Nous serons bien d’accord pour examiner les raisons pour lesquelles, dans une société comme la nôtre, qu’il y a pauvreté dans l’abondance, disparité énorme des revenus, affectation sans contrôle des capitaux, montée vertigineuse des prix à la consommation et soumission pratique des gouvernements aux volontés d’un petit nombre de puissants qui prennent entre-eux, les plus graves et importantes décisions, dans la plus parfaite indépendance à l’égard du public.
Ceux qui se sont donnés pour mission depuis un an ou deux, d’accuser les syndicats au nom du bien commun, ne pouvaient mieux tomber: nous sommes d’accords pour nous placer au point de vue du bien commun pour essayer, avec eux si possible ou sans eux si nous ne pouvons faire autrement, de chercher un peu les causes de toutes les difficultés économico-sociales auxquelles la population est en butte et qui retardent indument le progrès humain. À nos yeux, le débat est ouvert. Nous n’essaieront pas d’éviter les analyses que nous devons faire de la situation».
Alors, vous pensez que ce texte a été écrit il y a quelques jours ou quelques semaines à peine? Qu’à cela ne tienne, c’est un texte de Marcel Pepin, alors président de la CSN, et publié en 1966… Avez-vous l’impression que quelque chose a changé depuis 45 ans?
Sondage TVRS
Plus d’une centaine de lecteurs ont répondu à notre sondage qui gagne en popularité, sur la crédibilité des élus. Or, quand ces derniers parlent de transparence, à 54% vous dites qu’ils mentent. Seulement 17% des répondants croient qu’ils sont sincères. Il y a aussi 29% des participants qui ne les croient pas. Ainsi, c’est 83% des lecteurs de TVRS qui ne prennent pas les élus au sérieux quand ils se gargarisent de transparence. Merci pour votre participation. N’hésitez pas à nous livrer vos opinions, commentaires et suggestions.
2 commentaires
Bonjour Monsieur Petel,
Les maux de la traduction que vos exemples illustrent éloquemment ont plusieurs sources. Outre le fait que certaines entreprises considèrent trop souvent la traduction comme un mal nécessaire, elles ont tendance à vouloir payer le moins possible (ou pas du tout). Qui dit peu cher, dit peu de qualité. La traduction du manuel que vous citez a dû être faite par un logiciel de traduction. Autre difficulté : tout un chacun a tendance à penser que du moment qu’il connaît deux langues, il est capable de traduire. Or, moi qui suis traductrice agréée, titulaire d’un baccalauréat spécialisé en traduction de l’Université de Montréal, je n’oserais jamais m’improviser médecin même après avoir suivi des cours de biologie…
Commentaire par Linda Caron — 28 novembre 2011 @ 14 h 47 min
Mme Caron, votre commentaire ne peût être plus pertinent. Et quand vous dite que les entreprises considèrent trop souvent la traduction comme un mal nécessaire, j’ajouterais que les entreprises canadiennes considèrent hélas trop souvent, le Québec francophone comme un mal nécessaire…
Gilles Petel
Commentaire par Gilles Petel — 28 novembre 2011 @ 19 h 05 min
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