
|
Par , 10 octobre 2011
| Blogue, Les billets de Gilles.
| 2 commentaires
J’ai assisté à la conférence de presse du ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, mercredi dernier. J’écrivais le lendemain dans la rubrique actualité de TVRS, gros événements, piètres résultats. Car, en consultant les journaux au cours des deux ou trois jours précédents ce point de presse du ministre, on savait déjà que le gouvernement Harper allait de l’avant dans la construction d’un nouveau pont Champlain. Ce point de presse n’a été rien d’autre qu’une coquille vide. Et ce qui m’agace, c’est la jovialité facile, le jovialisme collectif des élus concernés. La mairesse de Longueuil Caroline St-Hilaire dit se réjouir de la décision du gouvernement Harper. Mais se réjouir de quoi au juste. La décision allait de soit. «Nous sommes satisfaits des garanties du ministre Lebel», ajoute Mme St-Hilaire, Mais quelle garantie? A-t-elle assisté à la même conférence de presse que moi? Je n’ai entendu aucun mot du ministre Lebel qui pouvait ressembler à un semblant de garantie. D’ailleurs, quand je lui ai posé la question sur la mise en chantier du projet, sa réponse a été assez évasive, merci. «Le plus rapidement possible», a-t-il dit. Alors comment peut-il prétendre que l’échéancier sera novembre 2021 s’il ne sait pas quand vont commencer les travaux? À la question d’un autre journaliste sur la participation de PPP-Canada, «Je ne peux pas répondre à cette question», a continué le ministre Lebel. Sur le dossier du péage, le ministre n’a aucune idée quelle forme prendra ce projet. Alors, de quelles garanties vous parlez Mme la mairesse?
Question de juridiction
Quant au maire Gérald Tremblay, il “jouissait” littéralement d’entendre le ministre sur son projet de péage pour le nouveau pont. Ce qui fait dire à Paul Larocque, président de la Communauté métropolitaine de Montréal (ne pas confondre avec le journaliste de TVA): «M. Tremblay s’est empressé de saluer le projet de péage qui y est associé bien davantage que le projet du pont lui-même. Bien étrange réaction», dit M Larocque, d’autant plus que le péage, s’il y a, servira à payer la construction du pont, car y a pas un sous qui ira aux infrastructures et au transport en commun, puisqu’Ottawa n’a pas juridiction à ce chapitre. De son côté, le maire Paul Leduc de Brossard, présent également au point de presse du ministre Lebel, est venu compléter le concert de réjouissance. On sait pas de quoi exactement il se réjouit, mais c’est-y pas “beautifull” ces réjouissances..? Puis, pas de commentaire sur l’absence du ministre des Transport Pierre Moreau ou d’un représentant du gouvernement du Québec! Ça, personne n’a voulu se compromettre. Bons sang, pour réaliser un projet comme celui-là , faudrait peut-être se parler. Pendant ce temps, la Coalition pour le pont Champlain a été plus sage et s’est gardé une petite gêne. «On a aucune idée quand le chantier va se mettre en branle et quelles seront les mesures de mitigation ou d’atténuation en cas de bris, aussi minime soit-il», dit-elle, en insistant pour que l’échéancier de construction, qui inclut les appels d’offres et les consultations publiques, soit dévoilé le plus rapidement possible.
Analyses indépendantes ou commanditées
Le projet de péage du ministre Lebel a par ailleurs fait déraper l’analyste de TVA et de la station de radio f.m. 98.5 Jean Lapierre. Quand il entendu la députée de La Pinière Fatima Houda-Pepin suggérer que le péage devrait être imposé à l’industrie du camionnage et non aux riverains, l’ex-député libéral a pété les plombs et accusé Mme Houda-Pepin de faire des propositions stupides et de dire des conneries… Sauf que l’industrie du camionnage qu’il défend, est un client de M. Lapierre! Et il y a à peine un mois, il était le conférencier invité dans une soirée dont le thème était “Hommage à notre industrie”. L’histoire ne dit pas combien il a reçu pour sa conférence… Devant le code d’éthique de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, l’analyste se défend de ne jamais avoir prétendu ou laissé entendre qu’il était journaliste. «On ne peut pas séparer le journalisme de l’opinion ou de l’analyse. Les normes éthiques de la FPJQ s’appliquent non seulement aux journalistes mais à tous ceux et celles dont la parole a une influence sur l’opinion publique. Sinon, on ne pourrait plus distinguer entre l’analyse indépendante et l’analyse commanditée», de préciser Marc-François Bernier, professeur de communications et auteurs de plusieurs ouvrages sur les médias et leurs pratiques, dans le quotidien La Presse samedi. Bref, après les accusations de Jacques Duchesneau, l’affaire Pierre Sormany-Tony Acurso, et maintenant le dossier Houda-Pepin, qui n’a pas écarté la possibilité de prendre des mesures pour répondre aux vociférations radiophoniques de Lapierre, ce dernier est sur la sellette pour une 3e fois en moins de trois semaines. Et c’est peut-être une fois de trop. L’avenir le dira.
2 commentaires
M. Lapierre donne souvent l’heure juste, il est un excellent analyste.
Un péage pour une seule catégorie de véhicule, c’est du jamais vu; partout ou il y a des péages, tous les véhicules doivent payer. Et le péage est la seule façon d’éliminer les congestions tout comme pour les services de santé. S’il y avait péage genre “ticket modérateur”, il n’y aurait pas tant de congestion et les services deviendraient accessibles pour ceux qui en ont réellement besoin et les longues listes d’attente subiraient une réduction ou élimination.
Commentaire par J. St-Amant — 10 octobre 2011 @ 21 h 44 min
Vous l’avez sans doute remarqué M. ou Mme J. St-Amant, je ne conteste pas la qualité des analyses de Jean Lapierre. Je pointe l’apparence de conflit d’intérêt de M. Lapierre qui défend ardemment l’industrie du camionnage en s’en prenant brutalement à Mme Houda-Pepin, peu de temps après avoir été payé par le même organisme pour donner une conférence sous le thème `”Hommage à l’industrie du camionnage”.
De plus, après les accusations du chef du Comité anticollusion Jacques Duchesneau, accompagné de son collègue Paul Larocque, Jean Lapaierre a joué les vierges offensées dans un bulletin de nouvelles animée par Pierre Bruneau à TVA.
Avouons, qu’en cette période où on se questionne sérieusement sur l’éthique, que ce soit chez les politiciens ou les journalistes, la sortie de M. Lapierre contre Mme Houda-Pepin ne fait pas très crédible…
Gilles Petel
Commentaire par Gilles Petel — 11 octobre 2011 @ 15 h 14 min
TVRS se réserve le droit de retirer tous commentaires considérés litigieux.