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Sessionem horribilis!

Sessionem horribilis!
Sebastien
le 13 juin à 09:10

Bernard Landry, qui aimait s’adresser parfois au peuple en latin à l’époque où il occupait le poste de premier ministre du Québec, utiliserait peut-être ces mots pour qualifier les derniers mois sur la scène politique québécoise, marqués notamment par le départ soudain de Pierre Karl Péladeau, l’homme que M. Landry voyait comme celui qui donnerait enfin aux Québécois leur pays…

Chose certaine, la session parlementaire qui s’est terminée sous le bâillon à l’Assemblée nationale vendredi dernier n’aura pas été des plus édifiantes sur le plan politique. Et Philippe Couillard ne passera probablement pas à l’Histoire comme un « grand » premier ministre du Québec si on se fie à son parcours depuis son élection à la tête de la province. Les Québécois le perçoivent de plus en plus comme un intellectuel froid et déconnecté de la réalité, et certains avancent même la possibilité qu’il cède sa place avant les prochaines élections générales parce que son job ne l’intéresserait plus. On verra bien, mais il n’a clairement ni la fougue ni le flair politique de Jean Charest. Et Dieu sait que je ne vouais pas une admiration à ce dernier!

Je ne suis pas un sympathisant du PLQ, encore moins un partisan du premier ministre. Dès janvier 2014, j’écrivais que les libéraux avaient fait une erreur monumentale en arrêtant leur choix sur Couillard pour les diriger vers la prochaine élection (qui se tiendrait quelques mois plus tard). Il y a plus de deux ans, j’écrivais ceci : « Il est trop intellectuel, est incapable de prendre position clairement dans des dossiers qui ne laissent aucune place aux nuances ou tons de gris (ex. : la « Charte ») et manque d’emprise sur son caucus. » Tout indique que c’est encore le cas, car c’est justement sa distance intellectuelle, le manque de clarté de certains de ses propos et son manque d’emprise sur ses troupes qui lui causent bien des problèmes, au point d’avoir mené à la tenue d’un caucus spécial du PLQ il y a quelques semaines. Mais il n’y a pas de discorde au sein du parti, assure le chef!

La dernière session aura aussi été marquée par l’arrestation par l’UPAC de l’ancienne vice-première ministre libérale Nathalie Normandeau ainsi que plusieurs frasques et bourdes de membres du conseil des ministres de M. Couillard. Pensons notamment à Sam Hamad et au dossier Premier Tech , à Rita de Santis et ses « peanuts », à Lucie Charlebois et « l’évolution » des centres jeunesse  – alors qu’ils traverseraient une crise profonde –, et à Jacques Daoust, qui arrive aujourd’hui au 60e et dernier rang des personnalités politiques les plus estimées.  Au cours des dernières semaines, le ministre Daoust a réussi à se mettre à dos les jeunes libéraux dans le dossier Uber  et à s’embourber sérieusement dans les dossiers du « mystère des Transports » (dixit Paul Arcand) et de la vente des actions de RONA par Investissement Québec.

Et d’en rajouter il y a quelques jours le leader du gouvernement en chambre, Jean-Marc Fournier, qui a déclaré que son gouvernement était le plus transparent depuis des décennies… Mettons qu’on est loin du compte pour un gouvernement dirigé par un parti qui se promettait d’être « irréprochable au plan éthique ».  Au contraire, on a de plus en plus l’impression de n’avoir jamais quitté l’ère Charest malgré la commission Charbonneau et 18 mois de purgatoire des libéraux dans l’opposition!

Les cas Hamad et Daoust ont fait particulièrement mal à la marque libérale au cours des dernières semaines. En politique, tout est question de perception et, dans ces deux cas, ça ne sent pas bon. Philippe Couillard peut bien défendre les deux bec et ongle, on se rappellera qu’il avait aussi défendu bec et ongle son ancien ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, avant que la carrière politique de ce dernier ne prenne pathétiquement fin…

En avril 2014, l’actuel premier ministre a remporté son pari électoral et formé un gouvernement majoritaire en raison principalement de l’écoeurantite aiguë des Québécois après seulement 18 mois de gouvernement Marois et l’incapacité de la CAQ de s’imposer comme solution de rechange crédible. Le poing levé de PKP avait donné aux libéraux une occasion en or de brandir leur arme de prédilection – le spectre référendaire – pour faire peur à une majorité de Québécois et à les convaincre que seul le Parti libéral du Québec pouvait les protéger contre les méchants péquistes et leur plan machiavélique.

Pis encore, malgré le gros nuage éthique qui plane sur le parti et les relents de corruption libérale qui se font sentir périodiquement, les libéraux demeurent en tête dans les sondages, grâce à la faiblesse de l’opposition. Les caquistes marquent des points, mais peinent toujours à s’imposer comme la solution pour remplacer les libéraux, tandis que l’actuelle course à la chefferie du PQ – qui suscite peu d’intérêt au sein de la population générale – est en bonne partie monopolisée, une fois de plus, par la question de l’échéancier référendaire alors que 68 % des Québécois ne veulent pas entendre parler de référendum.

L’horrŏr lībĕrālis, quoi… à moins que la CAQ ne réussisse à s’imposer comme la solution de rechange aux libéraux pendant que le PQ continue de se marginaliser. Soyons réalistes : Québec solidaire peut bien rêver au pouvoir d’ici dix ans, mais ça va prendre un parti ayant une chance réaliste de chasser les libéraux du pouvoir à court terme. Octobre 2018, c’est comme demain.


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